Le but de ce chapître est de vous expliquer tous les secrets de la culture des
Cactées et autres succulentes. Si vous êtes débutant, prenez connaissance
auparavant de notre notice de culture simplifiée pour
acquérir les règles de base.
Sommaire :
- Le substrat
- Les pots et le rempotage
- L'exposition
- Les arrosages
- Les engrais
- Les maladies
- Les parasites
- Les plantations en pleine terre
6 - LES MALADIES
Quels que soient les soins apportés à sa collection, il n'est pas rare de voir certains sujets
attaqués par des maladies ou des parasites. Autrefois, un vieil adage disait
que "une plante bien cultivée n'attrape jamais de maladie".
Cependant, à cause des accroissements des échanges internationaux, de
nouveaux parasites sont introduits en Europe avec des végétaux importés mal
ou non désinfectés. Ils envahissent de nouveaux territoires sur lesquels les
prédateurs n'existent pas, ou bien bénéficient de climats plus favorables
à leur multiplication. Il apparaît ainsi tous les ans en France de
nouveaux ravageurs. Par exemple, la Fulgorelle (Metcalfa pruinosa) qui
a envahi les jardins du sud de la France, ou le Thrips de Californie (Frankliniella
occidentalis) qui parasite toutes les cultures de plantes à fleurs dans
notre pays. Les champignons responsables de nombreuses maladies sont également
en extension et s'attaquent à des groupes de plantes qui étaient autrefois à
l'abri de ces problèmes.
D'autre part, les
cactus et les plantes succulentes sont originaires de régions très sèches
et peu fertiles. De ce fait, ils sont rarement confrontés à des parasites,
et n'ont pas développé de capacité intrinsèque à résister aux
champignons, bactéries ou insectes qui prolifèrent en zones humides et
tempérées. Il faut savoir que les cactus poussent plus lentement dans la
nature qu'en culture, que les conditions difficiles de survie et les rayons
ultraviolets les nanifient et leur donnent un
épiderme très épais. Quand on les cultive sous un climat tempéré comme le nôtre, ou
dans l'atmosphère douillette d'une serre, on les place inévitablement dans
un contexte plus favorable à la croissance, avec comme corollaire
l'amincissement de leur épiderme, ce qui va faciliter la pénétration des
maladies ou les piqûres d'insectes suceurs.
Pour ce qui est des maladies, les plantes succulentes sont donc essentiellement victimes de divers champignons,
plus rarement de bactéries, qui se développent par temps humide, ou en cas d'arrosage excessif.
Une bonne précaution consiste à systématiquement drainer les pots, à ne pas
les poser sur une surface étanche et à bien ventiler dès que la
température le permet, pour créer une circulation d'air autour des plantes.
Le traitement avec des produits phytosanitaires est possible, à condition de
savoir identifier la maladie. L'identification exacte de l'agent infectieux
n'est pas chose facile. Certains symptômes sont cependant suffisamment
caractéristiques pour permettre de nommer le genre de champignons ou de
bactéries à l'origine du problème. La reconnaissance de l'espèce, par
contre, ne peut se faire que par un laboratoire spécialisé. Au niveau de
l'amateur, cette démarche ne sera pas nécessaire, les matières actives à la
disposition du public étant de toute façon peu nombreuses, le choix du produit
de traitement sera vite fait. L'utilisation continue de produits fongicides à
titre préventif ne peut être conseillée, au risque d'avoir une accumulation
de produits toxiques sur les plantes, sans parler du coût élevé. Bien que les
fongicides soient plus efficaces à titre préventif que curatif, il faut
surveiller sa collection et traiter dès qu'un problème survient, ou en cas de
temps très favorable aux maladies, par exemple en automne quand il pleut
beaucoup. En cas de doute, consultez une entreprise
spécialisée dans le diagnostic ou votre distributeur local de produits
phytosanitaires en amenant un échantillon des végétaux atteints.
La pourriture des racines est due à des champignons appartenant aux genres
Pythium, Fusarium et Rhizoctonia. Ce genre d'infection, non détectée
à temps, peut se propager à toute la plante et provoquer sa mort.
Le Pythium debaryanum est connu pour attaquer les semis et les
boutures, mais les plantes plus fortes peuvent aussi être atteintes.
Typiquement, il s'agit d'une pourriture humide brun orangé qui remonte rapidement des
radicelles vers la tige, en provoquant la liquéfaction des plantules. Sur
plantes adultes, les racines coupées montrent une couleur orange. Des tâches
brun orangé apparaissent près de la base. A noter que les graines peuvent
être également contaminées, ce qui peut expliquer un manque de germination.
Le Fusarium oxysporum est un champignon incurable qui pénètre par
les racines et remonte lentement dans la plante, pouvant y rester des années
dans l'attente de conditions favorables qui vont permettre son expansion finale
plus rapide. Au stade latent, des taches de pourriture sèche brun violacé ou
blanc rosé peuvent se multiplier vers le haut de la plante. Sur une vue en coupe, on peut voir dans les vaisseaux
une couleur orangée. A ce stade, même si la plante semble pousser encore
correctement, il n'y a aucun remède. Le champignon envahit toute la plante,
progressant de l'intérieur vers l'extérieur. En phase critique, la plante
change de couleur, puis diminue de volume et se couvre d'un feutrage rosé par
temps humide. Par temps sec, la plante semble se vider petit à
petit de l'intérieur en se desséchant. Vue en coupe, on découvre une couleur
orangée ou marron et une odeur acre. Les grosses chaleurs sont favorables au
développement de ce champignon.
Le Rhizoctonia solanii est à l'origine de la décomposition des
racines des Haworthia ou des Aloe, qui prennent alors une couleur rouge due au
manque de sève. Il peut aussi s'attaquer aux jeunes Cactées, provoquant une
pourriture du collet marron et leur mort rapide par dessèchement. C'est une maladie qui se rencontre
surtout par temps très chaud.
Comme traitement
préventif à ces maladies, on peut conseiller de désinfecter le sol avant plantation à la chaleur,
d'utiliser un terreau et un engrais plus pauvres en azote, d'augmenter le
drainage, d'arroser moins, de mélanger de la
poudre de charbon de bois au substrat (5%), ou d'arroser la terre avec un
fongicide étudié pour le traitement du sol, à base de sulfate double doxyquinoléine et de
potassium ("Cryptonol") ou de thiophanate-methyl . En cas d'attaque légère sur racines
seulement, le traitement curatif consistera à couper toutes les racines
atteintes et à faire sécher une ou deux semaines avant de replanter dans
un sol neuf. En cas d'attaques plus graves, bouturer le haut de la plante, en sassurant quil ne reste
pas de points noirs ou orangés sur la tranche, puis saupoudrer la plaie de poudre de
charbon de bois pour la cicatriser plus vite. Les
boutures doivent sécher au chaud plusieurs semaines avant d'être replantées.
Lenracinement prendra de quelques jours à quelques mois, selon la taille de la
bouture et lespèce. On les arrosera très peu au début, sous peine de faire
pourrir les racines naissantes. Dans le premier arrosage, incorporez du "Cryptonol".
Malgré tout, il faut signaler que les plantes atteintes par ce type de maladies
sont très difficiles à récupérer, le champignon gagnant très vite le haut
de la plante.
La "pourriture noire du collet" ou "Mildiou des Cactées"
est due au Phytophthora cactorum. Dans
sa phase la plus visible, elle se traduit par un noircissement,
puis par un ramollissement de la base de la plante, qui se transforme
rapidement en
bouillie marron. Il peut arriver par temps sec que la maladie s'arrête toute
seule, laissant place à des zones nécrosées noires qui se détachent à la longue. Au départ, elle se situe souvent dans les racines,
décomposées par une pourriture noire, mais il arrive que la maladie démarre
directement au collet, plus rarement dans les parties supérieures, en cas
d'éclaboussures avec de l'eau contaminée par les spores. Le traitement est similaire à celui des précédentes maladies.
Pour le traitement détaillé des plantes pourries, consultez notre COURS PRATIQUE N°1.
Certains fongicides sont utilisables en arrosages à titre préventif, à base
de propamocarbe ("Previcur", "Proplant") ou de phosetyl-aluminium ("Aliette").
Cette maladie peut aussi attaquer les Euphorbia.
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Plante atteinte par le Phytophthora cactorum,
pourriture noire du collet. |
Coupe transversale de la même plante. |
La maladie due à la bactérie Erwinia carotovora peut être confondue
avec celle provoquée par le Phytophthora cactorum. La pourriture
commence au collet, prend une consistance très visqueuse et dégage une forte odeur de
poisson pourri. Le haut de la plante est jaune avant de pourrir. Il n'existe
aucun traitement chimique pour cette maladie. Mieux vaut jeter la plante
immédiatement pour ne pas contaminer le reste de la collection.
Les maladies des parties aériennes, à l'origine de diverses taches brunes,
orange ou noires, sont dues à divers champignons,
appartenant aux genres Helminthosporium, Alternaria, Cladosporium,
Colletotrichum, Gloeosporium, Peronospora ... Ils ne provoquent que rarement
la perte des plantes atteintes, mais les rendent généralement invendables.
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Taches diverses dues à des maladies non identifiées sur Opuntia pilifera et Opuntia aciculata. |
L'Alternaria se développe par temps frais et humide, provoquant des
petites taches noires circulaires. On le rencontre sur les Cactées, sur le
feuillage des Pachypodium , sur le tronc des Euphorbia erythraea ou
sur les Asclépiadacées (Stapelia, Huernia...).
L'Anthracnose des agaves est due au Colletotrichum gloeosporioides. Elle
apparaît fréquemment en automne sur les agaves cultivés en plein air, quand
le temps devient très humide, à partir des feuilles les plus basses. Pendant
l'hiver la maladie monte vers le coeur de la plante. Les feuilles les plus
atteintes doivent être coupées au printemps. L'anthracnose peut aussi se
rencontrer sur les Cactées plantées en rocaille.
Le Phoma ou Conothyrium s'attaque essentiellement aux yuccas,
parfois aux Euphorbia. Des taches elliptiques
noires placées dans le sens des nervures peuvent être présentes en grand nombre mais ne forment pas de plaques
informes comme l'anthracnose sur les agaves.
Le Mildiou (Plasmospora viticola) s'attaque principalement aux
Euphorbiacées et Asclépiadacées cultivées en serre, par temps frais et
humide. Le sommet des tiges se couvre d'un léger
feutrage blanc qui laisse place à des plaques brunes.
La "maladie de la croûte" est due au Diplobotryia sp. Les
Cactées cultivées dans de mauvaises conditions d'aération voient leur base se
recouvrir d'une croûte brun clair finement craquelée, qui remonte lentement
vers le sommet. A ne pas confondre avec le vieillissement naturel des plantes,
qui provoque la transformation de la base des tiges en liège brun clair ou
marron, mais qui ne remonte jamais aussi haut que la croûte.
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Vieillissement d'un Ferocactus. Couleur marron généralisée près du pied.
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Vieillissement d'un Trichocereus spachianus. Epiderme gris et desséché. |
L'Helminthosporium cactivorum est un champignon très destructeur et très contagieux,
probablement le plus dangereux dans une culture, car il se développe très
rapidement en détruisant le sommet des plantes. Les genres Echinocereus,
Eriosyce et Echinopsis (y compris Lobivia et Trichocereus) sont
très sensibles, ainsi que les Cereus monstruosus.
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Helminthosporium cactivorum (=Dreschlera cactivora)
sur Echinopsis
et Echinocereus. Pourriture noire démarrant au sommet, par temps chaud et
humide, détruisant les petites plantes en quelques jours seulement.
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Anthracnose sur Agave americana.
Taches circulaires noires avec un anneau plus clair, s'étendant à toute la feuille pour
former des taches importantes de pourriture marron. Maladie hivernale
s'arrêtant par temps chaud et sec. |
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Rouille sur Ferocactus latispinus. Taches brun orangé pouvant former à la longue des plaques marron. Maladie
liée à une forte humidité. |
Phoma sur Yucca gloriosa. Taches elliptiques noires par temps froid et humide. |
Toutes ces maladies se
traitent avec des pulvérisations de fongicides polyvalents, à base de mancozèbe ("Dithane",
"Gana", "Remiltine S Pepite") ou d'iprodione ("Rovral
Aqua Flo").
Les traitements aux sels de cuivre (bouillie
bordelaise, sulfate de cuivre) ont un effet préventif sur de nombreuses
maladies cryptogamiques et bactériennes. Evitez de blesser l'épiderme des plantes lors des manipulations,
car les plaies constituent les points d'entrée de ces champignons. Les fleurs
épanouies ou les cicatrices laissées
par la chute des fleurs sont également une source de contamination très fréquente. N'arrosez
pas les plantes par dessus en saison favorable aux maladies. Mouillez-les
plutôt au pied.
La "rouille" se rencontre chez certaines espèces comme Ferocactus
latispinus, Gymnocalycium, Crassula perfoliata... Il s'agit de petites taches
de couleur rappelant la rouille, aux bords plus clairs, qui recouvrent lentement le sommet des plantes.
On traite avec du mancozèbe, du propiconazole ou du myclobutanil ("Gana",
"Systhane").
Le Botrytis cinerea est le champignon responsable de la maladie de la toile
des semis. On le reconnaît à la présence de filaments gris sur le sol et sur
les plantules.
La "pourriture grise" attaque parfois les Cactées et les Crassulacées adultes lorsque
l'ambiance est chaude et très humide. La présence d'une pourriture visqueuse
et d'une abondante poudre noire
est caractéristique de cette maladie à son stade extrême. Le meilleur remède reste l'aération et le
séchage rapide des plantes, car il n'y a pas de matière active très
efficace dans les produits homologués pour les jardins d'amateurs
Le Botrytis ne doit pas être confondu avec la fumagine, qui est due
à un champignon inoffensif, qui recouvre les épines ou l'épiderme d'une fine
épaisseur de poussière noire. Son développement est généralement lié à la
présence de parasites animaux comme les pucerons ou les cochenilles, car la
fumagine se nourrit du miellat, c'est à dire des déjections sucrées des ces
insectes en conditions humides. Les Ferocactus ont des glandes
nectarifères qui encouragent également la fumagine à se propager sur leurs
épines. Il n'y a pas de traitement chimique particulier contre cette affection.
Traiter les insectes parasites pour éliminer leurs déjections. Il est possible
de nettoyer les plantes avec un pinceau et de l'eau savonneuse, puis de les
rincer.
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Botrytis cinerea sur Echeveria laui
Pourriture des feuilles par temps chaud et humide, suivie de l'apparition
d'une abondante poudre noire.
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Fumagine sur épines de Ferocactus recurvus.
Rincer les plantes quand des gouttes de nectar apparaissent sur les
aréoles. Placer les plantes en atmosphère plus sèche et plus aérée. |
Très important : les noms de produits cités en italique sont des substances
ou matières actives, ceux entre guillemets sont les noms commerciaux les plus connus en France.
Mais on peut trouver, sous d'autres noms commerciaux, des produits grand public aux noms
plus ou moins évocateurs et reprenant les mêmes matières actives : lisez bien la composition sur létiquette
pour savoir si votre produit convient. Attention ! Tous ces produits ne sont utilisables qu'en plein air ou en serre,
jamais dans la maison, en respectant bien les prescriptions, dosages et précautions d'emploi indiqués
sur l'emballage. Et notamment : protégez-vous, respectez les abeilles, ne
traitez pas les plantes en fleur, attendez la fin de la floraison, ne
surdosez pas les produits, ne traitez pas sans raison.
En ce qui concerne la réglementation en Europe, tous les produits de
traitements phytosanitaires, d'origine chimique ou naturelle, doivent être
homologués et disposer d'un numéro d'Autorisation de Mise sur le Marché
ou AMM. Pour consulter la liste des produits de traitement autorisés en
France, allez sur le site :
http://e-phy.agriculture.gouv.fr/
. Vous y trouverez la liste des usages autorisés pour chaque matière
active ou chaque produit commercial, la liste des produits
"retirés" (interdits en France), etc. Par exemple, pour
trouver la liste de tous les noms commerciaux correspondant à la bifenthrine,
cliquez dans le menu sur "substances", puis sur l'initiale B. Si
vous découvrez au fond d'un placard un produit non autorisé en France, ne
le jetez pas, vous devez le confier à une entreprise spécialisée dans la
collecte des produits dangereux.
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